Défendre le Travkintu et les semences

Vendredi dernier, le 7 août 2026, des femmes issues des communautés mapuches, des jardinières, des gardiennes des semences et de la vie, venues de différents territoires du Lavkemapu tels que Curanilahue, Cañete, Elicura, Peleco, Lleu Leu, Tranaquepe, Quidico, Tirúa et Imperial, ont répondu à l’appel pour participer au travkin sur la place Caupolicán, dans la ville de Cañete. La matinée était pluvieuse, mais cela ne nous a pas arrêtées car nous étions là pour une cause plus grande : la protection des semences, le travkintu (cérémonie d’échange de semences, plantes et autres) et l’échange.

Nous nous sommes réunis non seulement pour échanger des produits faits maison, des fleurs et des objets artisanaux, mais surtout pour partager nos semences. À travers le nutram (conversation), nous avons raconté leurs histoires : d’où elles viennent, depuis combien de temps nous les avons soignées et conservées, de qui nous les avons héritées et pourquoi il est important que les semences circulent librement entre nous. Nous avons également partagé nos réflexions sur l’importance de défendre nos droits, tels que la souveraineté alimentaire et l’autodétermination des peuples. Nous avons conclu que parler des semences, du potager, de nos parcelles, c’est aussi parler de la façon dont nous nous nourrissons et du rôle central que cela joue pour rester en bonne santé.

En plus de célébrer le travkintu, nous avons dû nous rendre au SAG (Service d’Agriculture et de l’Elevage) pour remettre notre communiqué, dans lequel nous exposons l’analyse de notre communauté concernant la décision administrative relative à la « commercialisation des semences courantes » et la « consultation citoyenne » qui s’y rapporte.

Une fois sur place, nous avons été accueillies par la chef de bureau, Mme Pamela Wolf, puis le responsable des semences, Juan Carlos Vargas, s’est joint à la réunion. Au cours d’une longue conversation, nous avons exposé nos arguments contre le contenu de la résolution et de la consultation, et nous avons demandé au service de retirer ce document de la procédure en cours, car il comporte des erreurs structurelles, de forme et de fond.

Le débat a principalement porté sur trois points : ce que le document du SAG propose comme « commerce de semences » et son impact sur le travkintu et les échanges, la relation des peuples autochtones et des petits paysans avec les semences, et le décalage entre les exigences de formalisation fixées par le SAG et la réalité des petites agricultrices et agriculteurs ainsi que des jardiniers et jardinières, notamment en matière d’étiquetage, de pureté, de germination, de traçabilité et de volumes de semences exigés.

Le SAG a affirmé que la résolution n’avait pas pour objectif de réglementer les échanges et le travkintu, soulignant par ailleurs que l’agitation qui a secoué la région résultait d’une mauvaise interprétation de la résolution par la population. Pour notre part, nous affirmons avec conviction que la définition du commerce proposée englobe toute remise, cession ou transmission de semences, à titre onéreux ou non. Autrement dit, avec ou sans contrepartie financière, ce qui affecterait directement le travkintu, c’est-à-dire la conservation et la détention des semences traditionnelles.

Le service a ajouté que, selon son étude juridique, il n’avait pas jugé pertinent de procéder à une consultation autochtone, car la norme ne vise à réglementer aucun aspect touchant les peuples autochtones, ce qui est manifestement faux ; ce n’est qu’à la toute fin de la réunion que M. Vargas a reconnu que le texte comportait des erreurs de fond, comme l’utilisation du concept « à titre onéreux ».

Concernant les semences, nous avons pu confirmer ce que nous savions déjà, à savoir qu’il existe un choc culturel très fort entre ce que représentent les semences pour ce service, et donc pour l’État chilien, et ce qu’elles représentent pour les peuples autochtones. Nous constatons là un écart considérable. Le SAG a une vision biaisée des semences, une vision qui reflète la perspective entrepreneuriale et qui, en tant que service de l’État, ne coïncide pas avec la vision des peuples autochtones dans ce cas précis.

Dans notre vision, nous considérons les semences traditionnelles et indigènes comme des êtres vivants, faisant partie du patrimoine bioculturel des peuples, de petits trésors qui ont survécu entre les mains de paysans qui les ont cultivées de génération en génération, en les adaptant aux différents climats locaux et en enrichissant la biodiversité par leur pérennité. Ce patrimoine est une garantie de survie pour les peuples face à différentes situations telles que les famines, les catastrophes naturelles ou le changement climatique, autant d’événements que nous vivons aujourd’hui même et qui sont le résultat d’un système qui tire profit de la vie tout en la détruisant.

Nous avons également fait valoir auprès du SAG que les exigences imposées à ceux qui souhaitent se mettre en règle pour obtenir une certification de négociant en semences risquent d’exclure les petits agriculteurs, car elles sont difficiles à satisfaire.

Enfin, nous avons également exprimé notre rejet de la consultation, car il s’agit d’un processus qui exclut précisément les secteurs les plus concernés par cette question : les secteurs ruraux. Mettre en place un processus en ligne est discriminatoire alors qu’une grande partie des territoires ne dispose pas d’un accès permanent à Internet et que, par ailleurs, celles et ceux qui travaillent avec les semences traditionnelles ne sont pas nécessairement à l’aise avec les outils numériques.

De nombreux autres sujets ont été abordés, mais l’essentiel est que, en tant que femmes gardiennes de semences, agricultrices et jardinières, nous rejetons la consultation et la résolution et que, quelles que soient les réglementations, nous continuerons à défendre la vie, à défendre nos territoires, à semer et à perpétuer les pratiques d’échange et de travkintu que nous avons apprises de nos ancêtres.

Signé, pu domo (des femmes) du territoire lavkenche.

Traduit de radiokurruf.org

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