Dans notre analyse, la première chose que nous pouvons affirmer est que le précédent gouvernement chilien « progressiste » a ouvert la voie à l’extrême droite. Ce phénomène est une constante dans différents pays où le fascisme a refait surface ces derniers temps. Une situation qui contribue à semer la confusion dans l’esprit des gens. Les « pseudo-progressistes » se présentent en feignant d’être ce qu’ils ne sont pas, ce qui finit par s’avérer trompeur. Désorientées et bernées, les personnes finissent par voter, presque par punition, pour une option qui, à long terme, leur porte préjudice. La responsabilité du vide exploité par le « progressisme » incombe à la gauche traditionnelle, qui non seulement a été vaincue, mais qui s’assume comme telle, perdant ses lignes directrices et ses principes.
Si l’on s’attarde sur le comportement des progressistes, on constate que, dans les différents pays où ils ont réussi à accéder au pouvoir,
ils finissent par appliquer le modèle néolibéral. On peut l’observer par exemple en Espagne après la fin de la dictature de Franco. La figure de Felipe González, modèle pour le Chili en transition et qui semblait tenir un discours radical, a très vite fini par mettre en œuvre ce modèle, avec des privatisations et des mesures antipopulaires. Au Chili, le gouvernement de Boric a immédiatement révélé sa véritable nature libérale, ce qui a entraîné des conséquences néfastes pour le peuple mapuche. Il l’a fait avec moins de dissimulation que ne l’avait fait l’école de González. Des expériences similaires ont été vécues dans les pays voisins : au Brésil avec Lula, en Équateur avec Correa, en Bolivie avec Morales et en Argentine avec les Kirchner, où les droites réactionnaires n’ont fait qu’attendre leur tour.
Il ne fait aucun doute que l’extrême droite latino-américaine s’est révélée être la plus guidée et la plus subordonnée à la machine
américaine, soumise et au service des multinationales yankees. Ces derniers temps, la politique américaine n’a fait preuve d’aucune pitié et sa domination s’inscrit même dans une logique belliciste : c’est le cas au Venezuela et à Cuba. C’est peut-être pour cette raison qu’on peut comprendre pourquoi les progressistes chiliens se sont montrés si féroces et cruels dans la persécution et la répression des Mapuches et de toute autre forme de résistance, se soumettant pleinement au système post-dictatorial en place et créant les conditions d’une nouvelle offensive néofasciste et néocoloniale. Aujourd’hui, avec un gouvernement d’extrême droite et de nombreux partisans de Pinochet au pouvoir, les progressistes se sont contentés de négocier, en utilisant la même Constitution qu’ils étaient censés vouloir changer, et en manipulant le mouvement social et politique. Un mouvement qui, d’ailleurs, reprendra ses manifestations tandis qu’eux devront attendre tranquillement encore quatre ans, en s’en tenant à la voie institutionnelle. Car ils ne veulent que des postes et finissent par accepter les compromis proposés par le pouvoir.
Dans ce contexte, il ne faut pas oublier que Boric et les partis de son alliance ont laissé en place un cadre institutionnel bien plus répressif et modernisé, ouvertement anti-Mapuche, comme on n’en avait jamais connu auparavant – loi Naim Retamal, loi anti-occupations, militarisation permanente, loi antiterroriste, etc. Une réglementation qui s’étend à la réalité sociale des opprimés en général. Ils ont tout préparé ; aujourd’hui, les fascistes n’ont plus qu’à gérer et à appliquer les mesures dont ils ont hérité.
Pour mieux comprendre le changement de gouvernement dans le cadre du pouvoir interbourgeois, il est important de passer en revue la restructuration du grand capital sur le territoire ancestral mapuche. Notre analyse à cet égard est qu’aujourd’hui, en tant que peuple
opprimé, nous devons continuer à lutter principalement contre le système capitaliste. Dans cette optique, l’ennemi de la cause mapuche, ce sont tous les investissements capitalistes au Wallmapu, en premier lieu les entreprises forestières, car elles sont les piliers du plus grand système de propriété usurpée au détriment des communautés, en particulier celles qui avaient autrefois pour projet de réarticuler les lof et de créer des espaces territoriaux plus vastes pour la construction du Peuple-Nation mapuche. La lutte les vise principalement en raison des graves répercussions que les monocultures ont sur notre Ñuke mapu et sur l’écosystème en général.
Parallèlement à la lutte contre les entreprises forestières, il existe également une lutte contre divers projets d’investissement capitalistes
qui s’en prennent aux communautés, une occupation fondée sur la spoliation et des mécanismes de contrôle économique du territoire, une occupation d’« accumulation par dépossession ». Il s’agit de mégaprojets de toutes sortes qui envahissent et ravagent nos territoires ancestraux : centrales hydroélectriques, parcs éoliens, projets immobiliers, projets miniers, routes, etc., dans le cadre desquels les grandes entreprises, le grand capital, s’approprient les biens, les terres et les droits des communautés pour générer des profits.
De même, les soi-disant « projets d’énergie propre » sont une chimère, puisqu’ils s’installent sur des espaces usurpés. Nous avons déjà affirmé que les derniers gouvernements se sont ouvertement engagés à maintenir le système de spoliation à tout prix. Une réalité qui ne favorise que les grands groupes économiques et qui, bien qu’elle inclue des propositions s’inscrivant dans des modèles sylvopastoraux d’un type plus « respectueux », partage une logique extractiviste qui affecte et bafoue également la culture mapuche. Non seulement en raison de la transformation du territoire au service du capitalisme, mais aussi en raison de l’imposition d’une logique pro-capitaliste et coloniale occidentale qui a un impact considérable sur le tissu social, politique, idéologique et culturel mapuche.
Dans ce contexte, nous devons maintenir notre projet de lutte fondé sur la résistance et la reconstruction de notre Peuple-Nation contre toute manifestation du capitalisme mondialisé. Nos principaux axes d’action consistent à lutter contre l’impérialisme mondial et la spoliation colonialiste locale auxquels l’oligarchie et l’État bourgeois nous soumettent. C’est dans ce sens que nous devons réaffirmer notre volonté de maintenir un mouvement mapuche autonomiste et révolutionnaire, aux orientations clairement anticapitalistes et anti-impérialistes. Telles sont les bases pour lancer un grand processus de libération nationale mapuche.
Amulepe taiñ weychan !!
Liberté pour tous les prisonniers politiques mapuches !!
Hector Llaitul
Depuis les geôles de l’État chilien
juin 2026
Hector Llaitul se trouve actuellement dans la prison de Bio Bio. En 2024, il a été condamné à 23 ans pour son engagement au sein de la Coordinadora Arauco-Malleco, notamment en tant que werken, porte-parole, de cette organisation mapuche révolutionnaire, autonomiste et anticapitaliste.